« Teaching the Duck to Fly » – Le retour en force de la planification des réseaux

    Show all

    Le Regulatory Assistance Project (RAP), un groupe indépendant de réflexion sur les énergies propres de Montpellier, au Vermont, a élaboré une stratégie pour les entreprises d’électricité faisant face à une forte croissance de l’autoproduction solaire. À terme, l’augmentation du solaire mène à une modification considérable de la courbe de demande d’électricité journalière appelée la Duck Curve. Cette stratégie est décrite en détail dans le rapport « Teaching the Duck to fly» accessible sur Internet.

    Le Duck Curve, cette métaphore qui fait allusion à la forme d’un canard, illustre la variation de la courbe de la demande horaire en électricité introduite par l’énergie solaire chaque matin, au lever du soleil, et le soir, au coucher du soleil. Cette variation du profil de charge nette, exacerbée chaque année par l’augmentation de la production solaire impacte les opérateurs des réseaux électriques responsables de la répartition optimale des centrales. Des problèmes important de surplus d’électricité ou de fiabilité pourraient survenir en après-midi si le problème n’est pas correctement abordé par l’industrie. La figure 1 illustre le phénomène dans le contexte californien.

     

    Image result for duck curve rap

    Figure 1 : Illustration de la Duck Curve en Californie, tirée du rapport « Teaching the Duck to Fly », Regulatory Assistance Project, janvier 2016

     

    Comme solution à ce problème, le RAP propose une approche intégrée de la planification des réseaux comprenant 10 stratégies qui « refaçonneraient » progressivement la courbe de la demande et introduiraient de la flexibilité dans les réseaux électriques.

    En voici un résumé :

    Stratégie 1 : Cibler l’efficacité énergétique pendant les heures de rampes;

    Stratégie 2 : Faire l’acquisition et déployer des ressources renouvelables orientées pour offrir un soutien en puissance à la pointe;

    Stratégie 3 : Gérer les charges motrices associées au pompage d’eau et des eaux usées;

    Stratégie 4 : Régler les chauffe-eau électriques pour réduire la demande pendant la pointe et augmenter la charge à des heures stratégiques;

    Stratégie 5 : Convertir la climatisation commerciale au stockage de glace ou d’eau froide;

    Stratégie 6 : Établissement des tarifs : concentrer les coûts de la pointe durant les « heures de rampe » pour induire des changements à la courbe de demande;

    Stratégie 7 : Déployer du stockage d’énergie électrique à des endroits ciblés;

    Stratégie 8 : Mettre sur pied des programmes ambitieux de gestion de la demande;

    Stratégie 9 : Favoriser les interconnexions régionales pour tirer profit de la diversité de la charge et des ressources;

    Stratégie 10 : Retirer les centrales non-cyclables qui doivent absolument fonctionner en continu.

     

    Parmi ces dix stratégies, six d’entre elles reposent sur des ressources énergétiques distribuées ou sur la gestion de la demande, une, sur la conception de tarifs et deux autres, sur les interconnexions et la flexibilité de production centralisée.

    Émanant d’un groupe appelé le Regulatory Assistance Project, qui s’y connaît bien en réglementation économique, ce rapport constitue non seulement un bon guide de planification, mais il illustre bien le rôle étendu que les entreprises d’électricité pourraient jouer dans la planification des nouvelles ressources énergétiques distribuées (RED).

    Mettre en œuvre cette méthode impacte la stratégie de gestion d’actifs des entreprises d’électricité en incitant les planificateurs des réseaux électriques à identifier des mesures « de l’autre côté du compteur ». Pendant des décennies, les utilités ont investi essentiellement sur leur réseau et ont maîtrisé les techniques pour assurer la fiabilité du réseau à un coût raisonnable et souvent avec très peu d’information. À l’époque où la croissance de la demande s’est stabilisée et où il y avait peu ou pas de production distribuée, les planificateurs étaient « en contrôle » de la situation. Un ancien collègue en planification de la distribution d’électricité m’a déjà dit « Écoute, si on ferme ce service, personne ne s’en rendra compte avant trois ans, lorsque les problèmes de dépassement de capacité et de tension commenceront à surgir. »

    On était en 2002. Aujourd’hui, en 2017, on prend conscience de la réalité du solaire pour de nombreuses entreprises d’électricité, qui doivent intégrer de milliers de nouvelles installations solaires par année et qui doivent même faire face prochainement à une diminution ponctuelle de 6 000 mégawatts durant l’éclipse solaire prévue pour le mois d’août 2017.

    L’intégration de l’énergie solaire au réseau comporte son lot de défis, à tous les niveaux de l’entreprise (perte de revenu, dépassement de capacité et problèmes de tension), mais de nombreuses solutions existent pour mitiger son impact. Un bon point de départ pour se préparer à la venue de l’énergie solaire consiste à intégrer des prévisions annuelles d’accroissement de l’énergie solaire sur chaque ligne électrique, en tenant compte des caractéristiques locales de la ligne et de la charge. En plus d’aider à la préparation de programmes et de projets d’investissement, l’analyse de l’énergie solaire par ligne permet aux unités d’affaires d’évaluer la possibilité de transformer un problème (le solaire) en opportunité (offre de produits et de services énergétiques).

     

     

     

     

    CONTACT